Les personnes âgées face au surendettement : comprendre la réalité du problème
La question du surendettement chez les personnes âgées est un sujet dont on parle peu, mais qui est malheureusement bien réel. Dans le quotidien des services à domicile, il arrive régulièrement de rencontrer des personnes âgées qui, malgré une vie de travail et d’économies, se retrouvent fragilisées par une accumulation de dettes. Les causes sont multiples : frais de santé inattendus, baisse de revenus à la retraite, aide financière à des proches, ou tout simplement le poids des charges courantes devenu trop important par rapport à des ressources modestes.
Selon La Banque de France, près de 17 % des dossiers de surendettement déposés concernent des personnes âgées de plus de 65 ans (source : Banque de France, « Rapport annuel sur le surendettement », édition 2023). Un chiffre qui rappelle à quel point cette problématique touche aussi les aînés, souvent discrets sur leurs difficultés.
Pourtant, il existe des solutions concrètes et des dispositifs spécifiques, pensés pour préserver l’autonomie et la dignité de chacun. L’objectif ici : donner des repères précis pour faire face à une situation de surendettement, rétablir sa situation financière et bénéficier d’aides adaptées.
Première étape : reconnaître le surendettement et demander de l’aide
- Le surendettement, c’est quoi ?
- Quand une personne ne peut plus faire face à ses dettes non professionnelles, de manière persistante, on parle de surendettement.
- Il peut s’agir de crédits à la consommation, de découvert bancaire, d’arriérés de loyers, de factures impayées (eau, électricité), etc.
- Un problème courant mais souvent caché
- Nombreuses sont les personnes âgées qui hésitent à parler d’argent ou à solliciter de l’aide.
- Pourtant, agir tôt limite les conséquences sur la santé, la vie sociale et l’autonomie à domicile.
Oser prendre contact avec un professionnel (travailleur social, CLIC, centre communal d’action sociale, Maison France Services…) est un véritable premier pas. Ces structures guident sans juger et connaissent très bien les difficultés concrètes du terrain.
Les dispositifs publics de lutte contre le surendettement
Le dossier de surendettement auprès de la Banque de France
Le dispositif phare reste le dépôt d’un dossier de surendettement auprès de la Banque de France. C’est une démarche gratuite (contrairement à de nombreux organismes peu scrupuleux qui proposent leurs services contre rémunération) et accessible à toute personne domiciliée en France.
- Constitution du dossier : Rassembler toutes ses dettes, justifier ses ressources et ses charges.
- Examen du dossier : La commission de surendettement analyse la situation et peut accorder diverses mesures (effacement partiel de la dette, report ou rééchelonnement des paiements, etc.).
- Sauvegarde du logement principal : Dans beaucoup de cas, tout est fait pour permettre à la personne âgée de rester chez elle.
Un facteur rassurant : personne ne peut être expulsé du jour au lendemain. En cas de risque d’expulsion, la commission de surendettement peut accorder des moratoires de paiement, le temps de trouver une solution durable.
Toutes les démarches peuvent être accompagnées par un travailleur social ou une assistante sociale. La Banque de France propose une assistance gratuite dans ses guichets et sur son site internet (banque-france.fr).
Le rôle de l’assistante sociale : un accompagnement clé
L’assistante sociale accompagne la personne dans le remplissage du dossier, mais surtout, fait le lien avec d’autres dispositifs d’aide :
- Dossiers d’aide au logement (APL, aides de la caisse de retraite)
- Demandes d’aide au paiement des factures auprès du Fonds de Solidarité Logement (FSL)
- Orientation vers les aides d’urgence (CCAS, Conseil Départemental…)
Elle veille à ce que la personne âgée garde sa dignité et sa place d’acteur dans la gestion de ses finances, même en période difficile.
Quelles aides financières spécifiques pour les personnes âgées ?
L’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse)
L’ASPA garantit un minimum de ressources aux personnes âgées de 65 ans et plus. Pour un célibataire, ce montant s’élève à 1 012,02 € par mois au 1er avril 2024 (source : Service Public). Pour un couple, il atteint 1 571,16 €.
- Demande à faire auprès de la caisse de retraite dont on dépend.
- Non imposable, l’ASPA permet de sortir de situations de précarité extrême.
- Attention : l’ASPA peut être récupérée sur succession si le patrimoine transmis dépasse 39 000 € (plafond 2024).
L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA)
Même en situation de surendettement, une personne âgée en perte d’autonomie a droit à l’APA. Cette aide financière sert à financer (en totalité ou en partie) l’intervention de services à domicile, l’achat de matériel spécifique (fauteuil, barre d’appui…).
- Se demande auprès du conseil départemental.
- Le montant dépend du niveau de perte d’autonomie (GIR 1 à 4), des ressources et des besoins.
- Ne se rembourse pas et ne peut pas être récupérée sur la succession.
Le Fonds de Solidarité Logement (FSL)
Le FSL intervient pour aider au paiement des dépenses liées au logement (loyer, charges, énergie, caution…). Chaque département fixe ses propres modalités, mais le principe reste le même : éviter l’expulsion ou le maintien d’impayés qui aggravent la situation d’endettement.
- Souvent sollicité en lien avec une assistante sociale, le FSL peut accorder des avances ou subventions sous conditions de ressources.
- Une aide précieuse pour éviter la spirale des dettes de logement, très fréquentes chez les personnes retraitées seules.
Aides spécifiques des caisses de retraite et assurances complémentaires
Peu de personnes le savent, mais la plupart des caisses de retraite (CNAV, MSA, Agirc-Arrco…) proposent aussi des aides sociales « extra-légales » (secours financier, aide à la vie quotidienne, aide aux aidants…).
- Souvent sous forme de chèques d’aide ponctuelle, ou de financement d’interventions à domicile non prises en charge par l’APA.
- Possibilité de prise en charge de certains frais ponctuels pour des difficultés avérées (achats d’urgence, prise en charge de dettes, factures de santé non remboursées…).
Il vaut donc toujours la peine d’appeler le service social de sa caisse de retraite pour expliquer ses difficultés.
Gérer le quotidien : prioriser, sécuriser, éviter les rechutes
Faire le tri et prioriser les dépenses
- Priorité à l’alimentation, au logement, à la santé.
- En cas de difficultés : suspendre ou résilier les abonnements non vitaux, demander des délais de paiement (énergie, impôts…).
- Ne jamais hésiter à solliciter des plans d’apurement (échelonnement) auprès des créanciers – beaucoup acceptent ces aménagements sur simple demande écrite.
Un tableau pour s’y retrouver : exemple de priorisation des dépenses
| Type de dépense |
Action à privilégier |
Qui contacter |
| Loyer/Charges de logement |
Demander un plan d'apurement, solliciter le FSL |
Propriétaire/Bailleur, assistante sociale, FSL |
| Factures d'énergie |
Demander un délai, éventuelle aide du CCAS |
Fournisseur d'énergie, CCAS |
| Restant à charge santé |
Vérifier complémentaire santé, demander aide caisse retraite |
Caisse d’assurance maladie, caisse de retraite |
| Autres crédits |
Faire suspendre les prélèvements, déposer dossier Banque de France |
Banque de France, créancier |
| Charges non vitales (abonnements, loisirs…) |
Résilier/suspendre si besoin |
Fournisseur concerné |
Accompagnement, médiation, soutien moral : des solutions concrètes pour ne pas rester seul
Quand le dossier s’alourdit, la meilleure réponse est le collectif : une assistante sociale, le soutien d’un médiateur familial ou d’un Point Conseil Budget (PCB – réseau labellisé par l’État), et parfois la sollicitation d’associations spécialisées comme la Croix-Rouge, le Secours Catholique, ou des associations locales d’aide aux personnes âgées.
- Les PCB (points conseil budget) proposent des conseils gratuits pour apprendre à gérer son budget et sortir de l’endettement. Liste sur economie.gouv.fr.
- Des associations de défense des consommateurs interviennent aussi pour négocier avec certains créanciers (notamment en cas d’abus ou de litige).
Personne ne doit avoir honte de demander de l’aide. Et dans ces moments d’angoisse, il n’est pas rare de croiser des retraités pleurant au téléphone ; une écoute chaleureuse, quelques démarches simples et, souvent, le sentiment de reprendre la main sur sa situation font déjà beaucoup de bien.
Ressources utiles et numéros à connaître
- Banque de France : www.banque-france.fr, Tel : 3414
- Point Conseil Budget (PCB) : www.economie.gouv.fr/particuliers/points-conseil-budget
- Assistance sociale : Contacter le CCAS de la mairie, ou le CLIC local (Centre Local d’Information et de Coordination)
- Service Public : www.service-public.fr
- Caisse de retraite (CNAV, MSA, etc.) : Prendre contact via numéro spécifique figurant sur l’attestation de retraite
Agir pas à pas : redevenir acteur de son quotidien, même dans l’épreuve
Les difficultés financières en vieillissant sont loin d’être exceptionnelles. Qu’elles découlent d’un accident de la vie, d’un veuvage soudain ou de dépenses imprévues, elles n’enlèvent rien à la valeur et à la dignité de la personne. À chaque étape, il existe des outils et des professionnels formés pour accompagner, apaiser et rétablir une stabilité financière.
Demander de l’aide, c’est souvent retrouver le fil de sa propre histoire. Le plus difficile est franchi dès lors que l’on ose en parler. Autour de la personne âgée, il y a des proches, des professionnels du domicile et beaucoup de dispositifs, souvent méconnus, qui ne demandent qu’à servir.
Vieillir dans la sérénité, c’est aussi savoir que l’on peut trouver des solutions, même quand la situation paraît sans issue. La solidarité n’est pas un vain mot : c’est un droit, à tout âge.
Sources : Banque de France, Service-public.fr, economie.gouv.fr, CNAV