Faire ses courses quand on vieillit : les bonnes solutions pour se simplifier la vie

19/12/2025

Pourquoi les courses deviennent-elles un défi avec l’âge ?

Passé un certain âge, il y a des gestes du quotidien qui deviennent plus complexes : porter des sacs, traverser la rue avec prudence, lire les petites étiquettes, faire la queue, organiser sa liste… Pour beaucoup de personnes âgées ou fragilisées, les courses se transforment en parcours du combattant. D’après une étude de la DRESS (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), près d’1 personne âgée sur 3 rencontre des difficultés avec au moins une activité domestique, et les courses arrivent en tête des sollicitations exprimées auprès des services d’aide à domicile.(1) Ces difficultés s’expliquent par la fatigue, la perte de mobilité, mais aussi par le sentiment d’insécurité ou même l’isolement. Pour autant, continuer à choisir ses aliments et à décider de ses menus est une composante essentielle de la préservation de l’autonomie et de la dignité. Découvrez ici les principales solutions pour adapter le quotidien, rester maître de ses choix, tout en se ménageant.

Première solution : l’aide humaine à domicile

Les services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) sont aujourd’hui la première réponse pour les personnes âgées qui souhaitent être soutenues dans les tâches domestiques. Concrètement, une aide à domicile se rend chez la personne pour l’accompagner :

  • pour préparer la liste de courses (et respecter les préférences alimentaires, les régimes particuliers souligne souvent la diététicienne que je croise au domicile d’une dame diabétique)
  • faire les courses avec la personne (c’est aussi l’occasion pour certains de sortir un peu, de prendre l’air, et d’entretenir des liens sociaux)
  • faire les courses seule et les rapporter au domicile
  • ranger les courses, vérifier les dates de péremption, veiller à l’organisation du frigo et des placards

Rappelons que ce type de service est encadré et contrôlé par l’État. Les intervenants doivent justifier d’un agrément ou d’une déclaration d’activité, ce qui sécurise la relation et garantit un minimum de formation. La fréquence des interventions et la durée sont adaptées à la situation : certains bénéficient de 2 passages par semaine, d’autres d’1 ou 2 heures par quinzaine.

Combien ça coûte ?

Le tarif horaire moyen d’un SAAD est de 21 à 24 euros par heure (source FESP, Fédération des Services à la Personne). Bonne nouvelle : il existe de nombreuses aides financières pour réduire le reste à charge, en particulier l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) et l’aide-ménagère au titre de l’aide sociale départementale. Par exemple, en 2024, l’APA permet d’obtenir une aide tarifée entre 682 € et 1 914 € par mois pour l’accompagnement à domicile, selon le degré de perte d’autonomie (source service-public.fr). Pensez à demander une évaluation à domicile auprès de votre Conseil départemental ou d’une association locale agréée.

Astuce pratique : Certains centres communaux d’action sociale (CCAS) ou associations locales proposent des chèques emploi-service ou des dispositifs d’aide ponctuelle « courses solidaires », notamment pour les personnes âgées isolées. Renseignez-vous dans votre mairie !

Les dispositifs de livraison de courses : quand la technologie s’invite

Ces dernières années, la livraison à domicile connaît un véritable essor, boostée par les applications et le développement du e-commerce alimentaire. C’est une alternative ou un complément précieux pour celles et ceux qui peinent à sortir ou à manipuler des charges lourdes.

Les grandes enseignes alimentaires et magasins de proximité

  • Les supermarchés proposent désormais presque tous la commande en ligne et la livraison à domicile, même en zone rurale. Monoprix, Carrefour, Intermarché ou U Express livrent dans la plupart des villes moyennes à partir d’un panier minimum (souvent 50 €) et des frais de livraison de 5 à 10 €. Les délais vont de 48h à 5 jours selon les secteurs.
  • Certains petits commerces (boulangeries, primeurs, boucheries) organisent aussi une tournée hebdomadaire ou s’associent au CCAS pour des tournées solidaires, souvent gratuites pour les plus de 80 ans ou sur critères sociaux.

Comment passer commande ?

  • En ligne depuis un ordinateur, une tablette ou un smartphone (attention aux risques d’arnaques : vérifiez toujours le site – voir alerte DGCCRF sur les fausses livraisons)
  • Par téléphone, dans la plupart des enseignes, grâce à un numéro client ou un service clients senior
  • Par l’intermédiaire d’un proche ou d’un aidant qui assure la saisie de la commande et le paiement

Les plateformes spécialisées et start-up solidaires

Certaines plateformes comme Shopopop, Bringi ou AlloVoisins mettent en relation des particuliers pour effectuer des livraisons solidaires ou rémunérées. Le CCAS de Nantes a par exemple développé un partenariat avec Shopopop pour permettre à des seniors isolés d’être livrés par des voisins de quartier (source Ouest-France, 2023). D’autres proposent une assistance toute l’année, sur abonnement ou à la course, avec une tarification souvent comprise entre 7 et 12 € par livraison – parfois moins aux heures creuses.

Livraisons à vélo ou services express : attention à la pertinence

Si les services express (Uber Eats, Flink, Deliveroo, Cajoo) peuvent dépanner pour des courses d’appoint, ils sont rarement adaptés à un approvisionnement régulier et équilibré d’une personne âgée. Certains livreurs déposent les sacs sur le pas-de-porte, mais ne montent pas dans les étages ni n’aident à ranger les courses : un point de vigilance important.

Les bénévoles et dispositifs associatifs : la solidarité de proximité

Dans de nombreux quartiers, la solidarité associative joue un rôle fondamental. Nombre de personnes âgées, en particulier les plus isolées, trouvent là une aide précieuse et surtout l’écoute dont elles manquent parfois au quotidien.

  • La Croix-Rouge française, via son dispositif « Croix-Rouge chez Vous », organise des bénévoles qui font les courses pour ou avec la personne. Ce service est gratuit ou à coût réduit et s’appuie sur des partenariats avec des magasins locaux.
  • Les Petits Frères des Pauvres accompagnent les personnes âgées les plus isolées dans les courses, les balades et l’organisation des repas, en veillant toujours au respect des envies et du rythme de chacun.
  • Au niveau local, des associations de quartier, réseaux paroissiaux ou fédérations d’aidants proposent des « coups de main » ponctuels, particulièrement en période de fêtes, de canicule ou de confinement (voir associations telles qu’UNA ou ADMR sur toute la France).

Ces dispositifs sont en général gratuits ou à participation libre, la seule condition étant de résider sur la commune ou dans le périmètre de l’association. Ils présentent l’avantage d’apporter à la fois une aide concrète et un lien social, parfois salvateur lorsque la solitude devient lourde à porter.

Bon à savoir : Un grand nombre d’intervenants bénévoles sont aujourd’hui formés à la prévention des fraudes et des abus envers les personnes âgées. N’hésitez pas à demander une carte d’identification, et à conserver les reçus de paiement ou factures pour éviter tout litige. (DGCCRF - Abus personnes vulnérables)

Adapter la solution à la personne : questions à se poser

Il n’existe pas de solution universelle : il s’agit de composer au mieux, en fonction de la situation, de la capacité de la personne, de son mode de vie et de l’environnement. Quelques repères :

  • La personne souhaite-t-elle sortir de chez elle, même de façon ponctuelle ? Dans ce cas, l’accompagnement humain (aide à domicile ou bénévole) est préférable.
  • Y a-t-il des restrictions alimentaires ou des habitudes particulières ? Privilégier un service où l’inventaire est fait ensemble, et où les courses sont rangées avec soin.
  • L’aisance avec l’outil informatique : si la personne ou son entourage maîtrise peu l’informatique, évitez les services uniquement en ligne sans assistance téléphonique ou physique.
  • L’isolement social : un service qui privilégie le lien et l’écoute (bénévoles, associations) sera probablement le mieux adapté.

Sur le terrain, on observe que combiner plusieurs solutions dans la semaine (par exemple une livraison ponctuelle et un passage d’aide à domicile pour compléter les courses fraîches ou ranger les provisions) est souvent plus rassurant et permet de respecter les envies sans brusquer le quotidien.

Liste pratique : comment aborder les courses à domicile

  • Évaluer le niveau d’autonomie pour déterminer le besoin réel : la personne est-elle capable d’établir sa liste, de faire des achats simples, de vérifier la monnaie ?
  • Visualiser le voisinage : des voisins ou commerçants peuvent-ils apporter une aide ponctuelle ou signaler des difficultés ?
  • Recenser les habitudes et préférences alimentaires, pour éviter l’achat machinal de produits inutiles ou inadaptés.
  • Écarter les risques d’arnaques ou d’abus : ne jamais donner de codes bancaires à distance ni payer une commande non validée.
  • Vérifier si la personne remplit les conditions pour bénéficier de l’APA ou d’une aide du CCAS, et constituer le dossier si besoin – cela ouvre presque toujours des droits aux aides pour courses et repas.
  • Équilibrer les différentes formules : les colis alimentaires peuvent dépanner, mais rien ne remplace la liberté de choisir son yaourt préféré ou sa marque de café !

Au-delà des courses : préserver l’autonomie et la dignité

S’organiser pour les courses, ce n’est pas seulement garantir à la personne âgée d’avoir à manger dans le frigo. C’est aussi lui permettre de continuer à faire des choix, à exprimer ses goûts et à conserver sa dignité. Sur le terrain, il n’est pas rare de voir un simple moment d’accompagnement aux courses redonner le sourire à une personne, lui offrir un prétexte pour échanger quelques mots avec un commerçant, ou réveiller le plaisir de cuisiner pour les enfants ou petits-enfants de passage.

Les solutions d’aide à la réalisation des courses évoluent chaque année, et les propositions deviennent plus variées. L’important est de rester attentif aux besoins spécifiques de chacun, de ne pas hésiter à questionner régulièrement les envies et les possibilités de la personne concernée, et de connaître l’existence de dispositifs auxquels on ne pense pas toujours naturellement (en 2021, 48% des personnes âgées disaient méconnaître les services disponibles sur leur commune, d’après le baromètre annuel du « Bien vieillir à domicile » de l’Observatoire de l’Age).

Enfin, n’oublions pas l’essentiel : l’accompagnement bienveillant, l’écoute, et le respect du rythme de vie sont les meilleurs alliés pour traverser cette étape de façon sereine, en préservant ce qui compte le plus, la liberté de choisir.

Sources :

  • DRESS, « Les difficultés rencontrées par les personnes âgées dans les actes de la vie courante », 2023
  • Service-public.fr, « Aides à domicile : bénéficiaires et conditions », 2024
  • FESP, « Panorama des services à la personne en France », mars 2024
  • Ouest-France, « Shopopop : la prestation de courses à domicile entre voisins », 2023
  • Baromètre « Bien vieillir à domicile », Observatoire de l’Age, 2021

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